Projet Personnel en humanités Réflexions face au militantisme Thomas Tempé Octobre 2002 ______________________________________________________________________________________________________________________ Ce projet personnel a pour point de départ un questionnement personnel sur le militan- tisme, Cependant, le compte-rendu que vous avez entre les mains est la trace d’une dé- marche de remise en question, d’un cheminement personnel sur plusieurs mois qu’ont duré ce PPH. Ce document n’est qu’une trace de réflexion, incluse dans un cheminement plus vaste. La première partie de ce document résume le changement de mon approche du mi- litantisme, qui est l’essentiel de la démarche que j’ai voulu retranscrire à travers ce projet personnel en humanités. Les sections suivantes rassemblent quelques réflexions personnelles sur lesquelles j’assoie mon approche du militantisme. 1 Table des matières Introduction 3 1 Critique de ma démarche militante 4 2 Réflexion sur le bonheur et la satisfaction 6 2.1 Le cycle du pouvoir . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6 2.2 Le potentiel de satisfaction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6 2.3 Militantisme et satisfaction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8 3 L’informatique 9 4 Réflexion sur l’apport de Vincent Cheney 10 4.1 La prévalence de la démarche personnelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10 5 Réflexion sur le combat 11 5.1 La Corrida . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11 5.2 Le combat . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12 5.3 Reprendre le pouvoir . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12 5.4 Le lâcher-prise . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12 5.5 La loi . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12 5.6 Améliorer sa vie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13 5.7 Le retour de l’égo . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13 6 Réflexion sur le pouvoir politique 14 6.1 Échec des élections . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14 6.2 Le pouvoir par le porte-monnaie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14 6.3 Les autres alternatives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14 Conclusion 16 2 Introduction L’eau potable1, source de vie, est en train de devenir une ressource rare, précieuse, accessible uniquement aux plus riches, en bouteilles de 25 cl. A cause de moi. Des habits que je porte, des avions que j’emprunte, des ordinateurs toujours plus luxueux, toujours plus immondes d’inutilité, avec lesquels je joue, ou “travaille”. L’utilité est une bien faible excuse : une couche d’abstraction supplémentaire par-dessus un monde qui implose. Et on ne ment pas à sa conscience : j’en suis pleinement responsable. Le chameau a beau être gros, et le chas petit. En ne traversant pas, je suis un commanditaire anonyme de l’empoisonnement de 7 milliards de pauvres. Les issues ? Gandhi a dit avant moi : “vivre simplement pour que d’autres simplement puissent vivre”. Mais Gandhi tissait son propre coton. Entre moine (vœux de pauvreté), paysan et ermite, le choix n’est pas aisé. Et ce n’est pas un chèque pour les bonnes oeuvres qui me rachètera une conscience. La religion elle-même à ce niveau-là n’est que la garante d’une satisfaction volée, une blanchisseuse de péchés originels. Dieu, en tant que construc- tion intellectuelle, a cela de pratique qu’il ne surgira jamais pour nous dire qu’on s’est trompé de route depuis le début. Les dés du discernement par la prière sont pipés, car c’est toujours moi qui propose les deux solutions possibles. La conscience de ma culpabilité invite si facilement à la violence. Contre les autres, pour leur incompréhension, leur refus de voir (de s’accepter comme criminels contre l’hu- manité pour ces petites choses anodines qui tissent notre quotidien). Contre moi-même, conscient et pourtant incapable de prendre le train plutôt que l’avion pour la Chine, de résister au désir si ardent et si futile de posséder encore un autre gadget. Incapable de me débarrasser, en un mot, de l’écrasante responsabilité que m’impose mon inéluctable et pourtant indéfendable richesse matérielle. Que faire ? Militer. Noyer ma culpabilité dans un combat aveugle et sourd, forcément perdu. Accuser Nestlé2, MacDonalds3 et Novartis4, les consommateurs irresponsables, la publicité5, la so- ciété ? Y sont-ils pour quelque chose ? Quoi qu’il en soit, ce n’est pas eux qui auront la solution. Pourtant, il y a nécessairement une issue, entre la charité bourgeoise et les rizières sur- peuplées. Une vie simple qui me serait accessible. Si elle n’existe pas, il me faudra la créer. Probablement me faudra-t-il la créer. Contre toute logique économique, tout pragmatisme, avec l’aide de ceux qui auront créé la leur. Prendre la liberté, trouver la force, briser le rang. Dieu puisse-t-il m’aider. _________ 1Article sur la privatisation de l’eau : http ://www.transnationale.org/dossiers/environnement/eau_1.htm 2Organisation s’opposant à la promotion abusive du lait en poudre par les fabricants dont Nestlé, qui serait la cause de 1,5.106 morts de bébés chaque année : http ://www.babymilkaction.org/ 3Initiative anti-MacDonald : http ://www.mcspotlight.org 4Campagne d’opposition aux OGM : http ://www.confederationpaysanne.fr/anapro/4pagesOGMdernier.pdf 5Association Résistance à l’Agression Publicitaire : http ://www.antipub.net 3 1 Critique de ma démarche militante Depuis tout petit déjà, je me suis affirmé dans des prises de positions politiques diverses, héritées pour la plupart de mes parents. Parmi elles, l’alimentation biologique6, la lutte contre le tabagisme ou contre la vaccination obligatoire7. En grandissant, j’ai découvert des combats politiques qui me semblaient justes. Parmi eux le développement de l’informatique libre8, la lutte anti-nucléaire9, ou le refus de la malbouffe. Toutes ces causes étaient pour moi justes, et justifiaient un engagement important. En participant, et en convaincant des gens autour de moi, je pouvais aider à résoudre un pro- blème grave. Cependant, l’essentiel de ce que je pouvais faire était pour moi de «faire passer le mot», de sensibiliser mon entourage aux problèmes évoqués. Je me retrouvais donc souvent dans une situation de confrontation avec des personnes qui, malheureusement, ne partageaient pas mon point de vue, et typiquement, n’étaient pas prêtes à se remettre en question. De plus, exiger des autres qu’ils se remettent en question impliquait que j’en exige autant de moi-même. Comme il n’est pas donné à l’homme de connaître de vérité absolue, il n’était pas toujours aisé de prendre position. Par ailleurs, les causes justes en manque de bras ne manquent pas : réduction du gas- pillage énergétique10, des tortures infligées aux animaux d’élevage11, de la consommation d’antibiotiques12, divulgation des méfaits des plombages dentaires13, lutte contre les OGM, les brevets logiciels14, le matraquage publicitaire, la macdonaldisation de la nourriture et de la culture, la mainmise des entreprises pharmaceutiques sur la santé publique15, la dé- localisation de la production alimentaire, la centralisation de la production grainière16, la dissémination des déchets radioactifs, les logiciels espions17, la censure des média privés18 et les menaces sur la liberté d’expression offerte par Internet19, le danger des solvants dans les colles ou les peintures20, l’aspartame21, le chlore dans l’eau de boisson22, la pollution électromagnétique due au 50 Hz ou aux antennes de téléphones portables23, ou les horreurs ____________________________ 6Présentation de la culture biodynamique :http ://www.demeter-usa.org/biodyn.htm 7Ligue Nationale (française) pour la Liberté des Vaccinations : http ://www.ctanet.fr/vaccination-information/ 8“Qu’est-ce qu’un logiciel libre ?”, Association Pour la Promotion et la Recherche en Informatique Libre (APRIL) : http ://april.org/articles/intro/ll.html 9Réseau Sortir du Nucléaire : http ://www.sortirdunucleaire.org/ 10Brochure sur la réduction du gaspillage énergétique : http ://www.sortirdunucleaire.org/rezo2001/p2.htm 11Animal Concerns, une association de défense des animaux : http ://www.animalconcerns.org/ 12Article de l’INRA soulignant les risques de l’utilisation abusive d’antibiotiques en élevages : http ://www.tours.inra.fr/tours/pap/articles/antibio.htm 13Association Non au mercure dentaire http ://nonaumercuredentaire.free.fr/ 14Site d’information concernant le danger des brevets sur les logiciels : http ://freepatents.org/ 15Article mettant en garde contre la publicité directe pour les médicaments http ://www.00dr.com/article.php3?id_article=446 16Article sur la perte de diversité des légumes cultivés, critique des grands semenciers : http ://www.biorespect.com/lesnews.asp?ID=4&NEWSID=51 17Site web d’un produit anti-spyware : http ://www.spychecker.com/spyware.html 18Initiative publiant des nouvelles censurées par les média de masse : http ://www.projectcensored.org/ 19Initiative s’opposant la violation de la vie privée, notemment sur Internet : http ://www.stop1984.com 20Dossier de l’ revue l’Impatient sur les méfaits des ethers de glycol : http ://www.medecines-douces.com/impatient/271oct00/ethers.htm 21Dépliant d’information sur les dangers de l’aspartame : http ://www.cybernaute.com/earthconcert2000/AspartameDepliant.htm 22Résumé de rapport d’étude mettant en relation l’adjonction de chlore dans l’eau de boisson et certains cancers aux États-Unis : http ://www.chez.com/eau26/chlore.html 23Inusup-portables, campagne de sensibilisation aux risques de santé liés aux téléphones portables : http ://patients.impatients.online.fr/actions/campagne_antenne_portable.htm 4 de la France-Afrique24, l’irradiation des aliments25, l’anéantissement du domaine public26 et l’homogénéisation du lait27 ne sont que quelques exemples. J’ai pu m’engager dans quelques efforts soutenus, mais souvent, j’ai toujours regretté de ne pas pouvoir m’engager plus dans chaque démarche. Enfin, certaines démarches sont très difficiles à affirmer. Il n’est pas évident de militer contre l’interdiction du Grand Prix de Formule 128, de se déclarer anti-vaccinaliste, et en- core moins de défendre cette position devant des personnes bien-pensantes. Difficile aussi de critiquer ouvertement la chasse aux sorcières29 made in France contre les «sectes», ou de remettre en question l’existence d’un virus du SIDA30. Ce n’est qu’un échantillon d’idées difficiles à défendre. Il en est que je ne partagerai pas ici. Mon comportement très direct conduisait occasionnellement à des froissements, à des incompréhensions, et à des accrochages avec des personnes avec lesquelles j’avais par ailleurs des relations cordiales. Je mène une perpétuelle réflexion sur la manière dont je me comporte, sur celle dont je devrais me comporter, et surtout sur la manière de changer mon comportement. Cette «politique du changement» n’est pas trivial. Il n’est pas évident, par exemple, de changer d’alimentation ou de rythme de vie, ou d’abandonner des pans entiers de travail sur soi simplement parce que je pense que ce serait un progrès. Mais je m’en fais un devoir. En menant une réflexion sur le militantisme, j’ai essayé non pas de remettre en question le fait de m’engager dans des activités militantes, mais plutôt de modifier en profondeur la manière dont je le fais. Je pense que la confrontation entre le non-militant et le militant qui vient avec ses gros sabots est une forme de violence, et n’amène souvent aucun change- ment, ni d’un côté ni de l’autre. Pour éliminer cette confrontation, j’ai changé la manière dont je vivais le militantisme. Plutôt que de me focaliser sur le fait de changer les autres, j’ai décidé de ne changer que moi-même, mais de le faire en toute radicalité, sans ménager ma position. C’est, je pense, la meilleure manière de changer le monde. Ni le résultat des élections, ni l’ardeur du pro- sélytisme n’auront autant de conséquence qu’une prise de position que j’assieds au plus profond de mon quotidien. Ainsi, je ne tente plus de changer le monde pour les autres. C’est leur affaire, et leur responsabilité aussi. Comme effet secondaire de cette approche, ma vie devient une vitrine de ce que j’ai de mieux à donner au monde. Il est évident que je continuerai à mener des actions de prosélytisme, mais lors de dis- cussions avec des personnes non-convaincues, je n’éprouverai pas le besoin de convaincre l’interlocuteur à tout prix, simplement la sympathie de partager ma manière de vivre. Ma satisfaction provient de mes gestes quotidiens, et non pas de mes talents de persuasion (qui sont par ailleurs relativement médiocres). Je pense tirer de cette mutation une plus grande sérénité, plus de satisfaction, et l’as- surance que, même si le chameau n’a pas encore traversé le chas, personne – pas même moi-même – ne pourra me reprocher de n’avoir pas fait ce qui était en mon pouvoir pour. ____________________________ 24Dossier du Courrier International : http ://www.courrierinternational.com/dossiers/geo/france_afrique/france_afrique.htm 25Article expliquant la nature et les risques de l’irradiation des aliments : http ://biogassendi.ifrance.com/biogassendi/editobiofr9.htm 26Article sur l’extension du copyright aux États-Unis, http ://writ.news.findlaw.com/commentary/20020305_sprigman.html 27Critique de l’utilisation et de la transformation du lait de vache en alimentation humaine : http ://perso.wanadoo.fr/jean-paul.barriere/dossiers/lelaitde.htm 28Camyagne contre le Grand Prix de Formule 1 : http ://antipub.net/cdp/campagnes/ 29Ominium des Libertés, association défendant les “individus victimes de discrimination en raison de leurs choix spirituels” : !http ://www.chez.com/omnium/ ! 30Campagne offrant une récompense à quiconque apporterait la preuve scientifique de l’existance du HIV : http ://www.virusmyth.net/aids/award.htm 5 2 Réflexion sur le bonheur et la satisfaction Je présente ici une réflexion sur la satisfaction, qui est un outil et une nécessité dans ma démarche d’auto-amélioration. 2.1 Le cycle du pouvoir Le Manifeste de l’Unabomber31, écrit par Ted Caszinski, propose ce modèle pour for- maliser la satisfaction que l’on trouve dans nos activités. Le cycle du pouvoir est satisfait sous quatre conditions, la quatrième étant optionnelle selon les individus : – avoir un objectif ; – que cet objectif soit de difficulté moyenne ; – atteindre cet objectif ; – jouir de suffisamment d’autonomie dans l’atteinte de cet objectif. La difficulté de l’objectif est critique. S’il est trop facile, on n’y éprouve aucune satis- faction ; s’il est trop difficile, on risque d’échouer, et d’être déçu. En outre, certaines personnes n’ont pas besoin d’autonomie. Pour d’autre, suivre sim- plement des instructions n’apporte aucune satisfaction. Je suis dans cette catégorie – et je dois dire qu’au cours de ma formation au département informatique, le manque d’auto- nomie dans certains projets m’a pesé, au point que je n’y trouvais pas de satisfaction. Je m’engageais alors dans des projets personnels parallèles, et me forçais à travailler sur les projets imposés. Ted Caszinski postule que la société moderne tend à fournir de moins en moins d’objec- tifs de difficulté intermédiaire : vivre, travailler, tout cela est souvent très facile. Par contre, effectuer quelque chose qui sort de l’ordinaire est particulièrement difficile. Discuter de la véracité de cet argument sort du sujet de ce PPH. 2.2 Le potentiel de satisfaction On trouve dans les enseignements de la métapsychologie (une méthode de développe- ment personnel s’inspirant de certaines techniques de l’Église de Scientologie) un autre outil permettant d’appréhender la satisfaction, que j’emploierai volontiers pour prolonger le modèle précédent. Celui-ci parle de niveaux d’énergie, mais ce terme est trop vague ou ambigu pour me satisfaire. Je parlerai donc de potentiel de satisfaction. L’outil lui-même se présente sous la forme d’une échelle de satisfaction. Plus on est satisfait, moins on est motivé pour commencer de nouveaux projets. Plus le potentiel est faible, plus on a besoin de satisfaction, et plus on tentera de trouver cette satisfaction en commençant de nouveaux projets. Bien sûr, ces projets ne sont satisfaisants que s’ils abou- tissent. Le danger est que, lorsqu’on se trouve en bas de l’échelle, on a tendance à se lancer dans un grand nombre de projets qui, chacun, consomme un peu d’énergie, diminue notre satis- faction, et nous fait descendre un peu plus. Comme il y a trop de projets, aucun n’aboutit, et on ne remonte pas l’échelle. Pour remonter l’échelle, il faut achever les projets entamés plutôt que d’en entamer de nouveaux. Lorsqu’on est en haut de l’échelle, par contre, on ressent peu le besoin de satisfaction, et on a tendance à se complaire, et à ne pas démarrer de nouveaux projets. Par rapport à cet outil, je dirais de moi-même qu’en tant que rêveur, j’ai tendance à ébaucher de nombreux projets, mais qu’il me faut un effort conscient pour décider d’en abandonner la plupart et d’en conduire sérieusement à bout un nombre réduit. ____________________________ 31Traduction disponible sur Internet : http ://leuco-site.net/PRIVATE/jcv/rien/una/una_idx.htm 6 FIG. 1 – Échelle de satisfaction 7 2.3 Militantisme et satisfaction Ted Caszinski suggère que lors de mouvements de masse (par exemple, une campagne politique refusant l’enfouissement des déchets radioactifs), un objectif complètement in- atteignable par un individu isolé peut être atteint par un groupe de personnes, et apporter satisfaction aux personnes qui s’identifient à ce groupe. (J’imagine que le même procédé doit agir pour les fans de foot). Un engagement militant peut donc être pour moi une source de satisfaction ; mais le degré de satisfaction dépend de mon identification, et donc de mon engagement personnel. Dans cette perspective, l’engagement dans des mouvements militants peut être quelque chose de positif dans ma vie. En m’engageant dans la création d’un groupe d’utilisateurs de logiciel libre, je trouve une grande satisfaction dans le fait de le voir grandir. En m’enga- geant dans la lutte antinucléaire, c’est un encouragement que d’apprendre le succès d’une manifestation. Mais cette satisfaction, je l’obtiens aussi dans des démarches individuelles. La gloire du militant de la première heure n’est que l’exaltation de celle du geste isolé. En inscrivant la démarche militante dans mes actions quotidiennes, je tire satisfaction, et donc rétribution, du franchissement des petites difficultés quotidiennes. Bien sûr, il faut pour cela poursuivre ma démarche indéfiniment. Mais ma devise est maintenant devenue : Il y a deux sortes de plaisirs : les plaisirs faciles, et les grands plaisirs. 8 3 L’informatique L’informatique est pour moi un domaine d’investissement personnel et philosophique important. En entreprenant des études d’informatique et en m’investissant personnellement dans le développement des logiciels libres, j’y ai, d’une certaine manière, consacré ma vie. Les raisons 3qui m’ont poussé à m’investir dans l’informatique sont : – plaisir, défi technologique ; – aspect "humanitaire" des logiciels libres ; – egoboo, la satisfaction de l’égo ; – besoin d’appartenir à une communauté ; – culte de la connaissance. ; Mais finalement, l’informatique, fût-elle libre, n’est pas une fin en soi. Il faut donc que je trouve d’autres activités dans lesquelles m’investir. En admettant que je consacre ma vie à l’informatique, je risque d’arriver à la fin de ma vie en ayant offert une contribution satisfaisante dans la grande marche en avant de l’humanité. Cette contribution sera également compatible avec un certain nombre d’en- gagements personnels : solidarité, recherche de l’excellence techniques, communauté, et surtout liberté. Cependant, l’informatique n’est pas un domaine réellement satisfaisant. Elle est trop in- stable, orientée vers la sur-consommation. Par exemple, je tape ce rapport sur un ordinateur développant plusieurs centaines de Mips, alors que l’équivalent d’une grosse calculatrice scientifique me suffirait probablement. Il n’est donc pas évident de concilier l’informatique avec la frugalité, la recherche de la stabilité, ou l’abandon du pouvoir ou de l’ego (qui est une motivation importante). Le fait de s’investir personnellement dans le développement de l’informatique libre est également une forme d’exploitation, dans la mesure où l’on se met en quatre pour faire plaisir à des entreprises ou utilisateurs qui n’ont que faire du partage ou de la communauté. Ce qui me dérange le plus dans l’informatique, c’est qu’elle me semble trop "matéria- liste". S’il est louable de participer à la construction d’une infrastructure sur laquelle la so- ciété s’appuiera dans son évolution, trop souvent, c’est l’homme qui finit pas se soumettre à la machine. En tant qu’informaticien, je me prépare à une telle existence. En révérant la maîtrise technique, j’encourage mes pairs à se soumettre à la machine. Une société qui vénère la technicité est-elle ce que je peux souhaiter de mieux ? Probablement pas. L’informatique est donc pour moi une "solution de facilité" pour me rendre utile, et y prendre plaisir. Mais ce n’est pas une solution parfaite. Consacrer sa vie à l’informatique est un geste dangereux, il me sera peut-être nécessaire de la remettre en question à l’avenir. 9 4 Réflexion sur l’apport de Vincent Cheney Vincent Cheney est un militant écologiste non-violent lyonnais. Il est fortement engagé dans de nombreuses initiatives comme le collectif Sortir du nucléaire, la revue Silence, et surtout, le Comité de Créatifs Contre la Publicité. Autrefois directeur artistique de l’agence Publicis, il a quitté son travail pour fonder ce comité. J’ai eu l’occasion de le rencontrer à plusieurs reprises, entre autre dans le cadre de l’association Résistance à l’Agression Publicitaire, et lors d’une conférence sur le développement qu’il a donné à l’initiative de l’association insalienne Objectif 21. Ce que je transcris ici, c’est la réflexion que j’ai eu suite à sa conférence ; ce n’est pas le contenu de cette conférence. 4.1 La prévalence de la démarche personnelle Vincent Cheney, dans sa conférence où il appelait à une décroissance soutenable en lieu et place du développement durable, s’est positionné lui-même d’une manière relativement choquante en affirmant ses engagements dans sa propre vie : recherche de la frugalité, refus de voyager en avion, de posséder une voiture, ou même un frigo. Face au réchauffement de la planète, dit-il, la solution ne viendra de toute évidence pas des politiciens, fussent-ils écologistes. Elle viendra de nos démarches individuelles. On peut toujours attendre que les accords de Kyoto donnent lieu à plus de pastilles vertes sur les 4x4, le problème ne sera résolu que lorsque les individus arrêteront d’acheter des 4x4. Cette conférence m’a beaucoup impressionnée, car j’y ai pris conscience du fait que la politique des politiciens devait passer après ma démarche personnelle. Le fait de chercher à vivre en harmonie avec soi-même est préliminaire au fait de s’investir dans la démarche militante «politicienne». Vincent Cheney y soutenait également que l’individu ne doit pas hésiter à aller plus loin dans la radicalité que les organisations qui représentent ses idées. En effet, des orga- nisations comme ATTAC proposent un message qui est un consensus entre les opinions d’un grand nombre de membres, plus ou moins radicaux. L’individu politisé ne doit pas nécessairement se placer entre le message d’ATTAC et une «norme», il doit pouvoir se po- sitionner en accord avec ses propres aspirations, probablement au-delà de ce que propose ATTAC. Cet argument a provoqué de vives réactions dans la salle, de la part de personnes qui trouvaient que des prises de position trop radicales choqueraient, et donc effraieraient les personnes «normales» (non engagées), qui ne se laisseraient donc pas convaincre. Ce- pendant, en lançant un message radical, il a su se poser en exemple et provoquer une ré- flexion et une remise en question, semblerait-il, dans une grande partie de l’auditoire (y compris moi-même). Si l’on veut vivre en accord avec soi-même, c’est l’acte quotidien qui doit devenir un acte de prise de position politique. Ceci est plus important que de chercher à convaincre ses voisins, ou à faire valoir ses opinions aux élections présidentielles. 10 5 Réflexion sur le combat Ceci est la transcription d’une soirée de réflexion, qui reprend une partie des idées développées dans ce document. 5.1 La Corrida Ce soir, j’ai saisi ma guitare pour gratter quelques accords. La belle affaire, je me suis bien vite retrouvé face à moi-même, dans une réflexion philosophique sur les paroles de La Corrida, de Francis Cabrel. Depuis le temps que je patiente dans cette chambre noire, J’entends qu’on s’amuse et qu’on chante au bout du couloir Quelqu’un a poussé le verrou, et j’ai plongé dans le grand trou J’ai vu les fanfares et les barrières, et les gens autour. Dans les premiers moments j’ai cru qu’il fallait seulement se défendre, Mais cette place est sans issue, je commence à comprendre. Ils ont refermé derrière moi, ils ont eu peur que je recule, Je vais bien finir par l’avoir, cette danseuse ridicule. (Est-ce que ce monde est sérieux... Est-ce que ce monde est sérieux...) Andalousie, je me souviens des prairies bordées de cactus, Je vais pas trembler devant ce pantin, ce minus J’vais l’attraper, lui et son chapeau, les faire tourner comme un soleil Ce soir la femme du torero dormira sur ses deux oreilles. (Est-ce que ce monde est sérieux... Est-ce que ce monde est sérieux...) J’en ai poursuivi des fantômes, presque touché leur ballerines ; Ils ont frappé fort dans mon cou pour que je m’incline. Ils sortent d’où, ces acrobates, avec leur costume de papier ? J’ai jamais appris à me battre contre des poupées... Sentir le sable sous ma tête c’est fou c’que ça peut faire du bien, J’ai prié pour que tout s’arrête, Andalousie, (je me souviens) J’les entend rire comme je râle, j’les entends chanter comme je succombe ; Je pensais pas qu’on puisse tant s’amuser autour d’une tombe. Ce taureau, c’est le militantisme. Se battre à tout prix, pour sauver ce qu’on a de plus cher, sa vie. Ses prairies bordées de cactus, qui de toute façon ne sont qu’un rêve puisque qu’on est enfermé dans une arène de poussière. La survie justifie la violence et le combat au point qu’ils soient passés sous silence. La légitime défense n’a même pas besoin d’être évoquée. Marionnettes, danseuses, costumes de papiers, ce sont les fantômes contre lesquels on se bat. Juste avant de chanter, en lisant les nouvelles du front des militant contre les brevets logiciels, j’étais tombé sur une recommandation de l’union européenne qui venait d’être publiée. Elle émanait directement des lobbyistes américains de la BSA (Business Software Alliance, un groupe de pression défendant les intérêts de Microsoft). Il s’agit d’une tar- tine de 20 pages de concentré de contresens, mensonges, et désinformation en faveurs des brevets sur les logiciels. 11 Le combat contre les brevets sur les logiciels est un combat de vie ou de mort pour la communauté du logiciel libre. Pourtant, malgré tout le travail qui a été fait pour produire des logiciels libres, brevets sur les logiciels, leur sujet, voilà un lourd coup dans le cou, donné par des marionnettes de papier venues de nul part. Le combat n’est pas terminé, et il est probable que les brevets logiciels soient un jour entérinés. Mais me voilà quand même réduit à l’état de taureau enfermé dans une arène, condamné à me battre jusqu’à la mort. 5.2 Le combat Pour quoi se bat-on ? L’utopie, celle pour laquelle on se bat, est-elle de triompher contre les fantômes, ou est-elle de retourner en Andalousie ? Bien sûr, il y a de franches victoires. Le fait que GNU/Linux soit maintenant accessible au grand public, et que la population soit de plus en plus sensibilisée à la problématique du logiciel libre. Mais face à cela, il y a aussi de grandes défaites, comme la dissémination des OGM ou les guerres futiles de G. Bush. à la hue, à la da, il n’est pas certain que l’humanité avance. Le combat lui même, qu’est-il sinon une guerre, où les victimes ne sont pas toujours virtuelles. Me faut-il me battre, moi aussi, pour sauvegarder mes droits ou ceux des autres ? Le dilemme du militantisme est finalement celui du soldat de la paix. Doit-il tuer ou pardonner ? 5.3 Reprendre le pouvoir Mais il y a une autre facette à ce problème. Qui donc finance les guerres ? S’il s’agit de l’industrie du pétrole, alors arrêter de consommer du pétrole sera probablement plus important que de condamner de vive voix. 5.4 Le lâcher-prise Retourner sur la prairie bordée de cactus, c’est probablement simplement laisser les combattants de côté. Ils se battent suffisamment bien sans moi, et après tout, je n’ai jamais fait que faire signer quelques pétitions. L’image du hacker qui joue sur sa machine, s’amuse avec ses programmes partage, interagit avec la communauté vient à l’esprit. Le monde s’écroule tous les jours, quoi que l’on y fasse. Il est probablement plus sain de chercher à vivre en accord avec soi-même. Cette solution est peut-être même plus efficace. Pour rester dans des images liées à l’informatique, on peut facilement opposer la colère de l’utilisateur de Windows qui hait Microsoft avec ferveur à la placidité du hacker qui vit tranquillement dans sa bulle. Micro- soft n’existe plus pour lui, alors il n’a pas de soucis à se faire. Bien sûr, la bulle est menacée. Les brevets sur les logiciels pendent au-dessus de mon propre lit comme l’épée de Damoclès. Mais c’est faire acte de foi que de vivre par les lo- giciels libres. C’est aussi faire acte de résistance politique, voire de désobéissance civique, que de choisir envers et contre les autres et les lois ce que l’on croit juste. L’enjeu quand on adopte cette position n’est plus de vaincre contre les brevets. Il est de construire sa vie en accord avec soi-même, et de n’utiliser que des logiciels libres. 5.5 La loi Et si les brevets sur les logiciels sont finalement légalisés ? En choisissant de vivre ce que je crois être juste, je peux me heurter à des lois injustes. Je reste convaincu que c’est mon devoir suprême de transgresser ces lois, ouvertement, en mon âme et conscience. 12 Bien sûr, ce n’est pas une solution de facilité. Malgré la banalisation du «piratage infor- matique», enfreindre la loi volontairement est un acte difficile qui nécessite réflexion, pas une solution de facilité ; sinon, la désobéissance perd tout son poids. 5.6 Améliorer sa vie Le problème de cette démarche est que je l’ai beaucoup entendue de la bouche de personnes dont la vie n’était pas du tout en accord avec mes convictions. Quel que soit le degré d’auto-amélioration que l’on atteint, on reste, malgré soi, de part notre existence dans une société donnée, des oppresseurs. La France (politique) exploite, viole et génocide en Afrique, et nous en bénéficions. En consommant des yaourts Nestlé à la cantine, je cautionne l’assassinat de plus d’un million de nourrissons chaque année, sacrifiés sur l’hôtel du profit, empoisonnés par du lait en poudre et une publicité qui ne dit pas son nom. En tant que consommateurs de pétrole, les automobilistes ou les mangeurs de bananes32 tuent des milliers de personnes chaque année par la pollution atmosphérique. S’ils ne s’arrêtent pas bientôt, ils auront peut-être tué indirectement six ou huit milliards d’humains, et la planète sur laquelle ils auront vécu. Je participe à cela en faisant des stages en Asie, car je voyage en avion. J’encourage cela en me fiançant à une chinoise. Il n’est pas possible d’arrêter de cautionner toutes ces horreurs. Pour pouvoir manger un steak biologique, il faut que la vache dont on consomme la chair aie mangé toute sa vie mieux que nous-même. Mais la personne qui a assemblé mon ordinateur, a-t-elle vécu mieux que moi, ou va-t-elle voyager en avion avec le salaire que je lui donne ? On peut déjà faire de bons progrès en vivant volontairement frugalement, en n’achetant pas un ordinateur dernier cri, en se chauffant au gaz plutôt qu’à l’électricité, en achetant sa nourriture chez des producteurs locaux au marché biologique et en se déplaçant en trans- ports en commun ou à vélo. C’est à peu près là ou j’essaie de me situer. 5.7 Le retour de l’égo Mais alors, d’où tire-t-on sa satisfaction ? De nos petits gestes, de la grande qualité de nos aliments ? De notre faible consommation d’électricité chaque jour ? Ça n’est pas évident. Si l’on revient à la notion de cycle de pouvoir, on peut espérer que les petites tâches quotidiennes deviennent sources de satisfactions car elles acquièrent un haut de- gré de sophistication. Peut-être pourra-t-on ajouter quelques projets ou activités auxiliaires pour se donner un sens. La voilà la prairie bordée de cactus. Mais si l’on vit dans un milieu qui n’est pas en harmonie avec cette façon de vivre, le vin peut rapidement tourner au vinaigre. Par exemple, en ville, partout la publicité nous donne envie de consommer. Soit on cède au désir de consommer et on tombe dans l’inharmonie, soit on se retient de consommer, et on finit par s’aigrir de ne pas consommer. La privation devient une fierté, alors qu’on cherchait la satisfaction dans la frugalité. Dans un contexte où les personnes que l’on côtoie n’ont pas eu la même démarche, on tombe rapidement dans différence, la comparaison, le jugement et l’ego. On se refusera un paquet de gâteaux parce que ce ne serait pas conforme à ce que les autres attendent de soi. On méprisera les fumeurs parce qu’ils sont vraiment des imbéciles à claquer leur santé, et des salauds à me voler la mienne. L’ego revient d’abord poindre son nez dans la fierté que l’on éprouve à bien faire une chose particulière. Et il prend tranquillement le dessus en devenant une source de mépris. Le maîtriser devient un travail de tout les jours, dont on ne doit pas s’enorgueillir, et qui rend par exemple difficile le fait d’accepter des compliments. ____________________________ 32On peut estimer que pour importer une banane en France, il faut consommer deux fois son volume de pétrole. 13 6 Réflexion sur le pouvoir politique 6.1 Échec des élections Les élections présidentielles de 2002 ont été un fiasco. “Trop de candidats”, a-t-on dit. Trop de liberté, le peuple s’imaginait sûrement qu’il allait pouvoir changer le monde. Les électeurs ont cru, un instant, qu’ils pourraient voter pour ce qu’ils souhaitaient réellement, mais le deuxième tour, dans sa cruelle dichotomie, a remis les points sur les I. Les puissants resteraient puissants, le pouvoir ne changerait pas de mains, ou alors, ce serait pour le pire. Une alternative aurait pu exister. Le scrutin de Condorcet permet, en un seul tour, de voter pour le candidat que l’on souhaite voir élire sans avoir à prendre en compte l’aspect stratégique du vote, c’est-à-dire sans prendre le risque de voir son vote perdu si le candidat pour qui on vote recueille trop peu de voix. Mais le message est clair : si voter pouvait changer quelque chose, cela fait longtemps que ça serait interdit. 6.2 Le pouvoir par le porte-monnaie mais alors, comment “prendre le pouvoir” ? Par le porte-monnaie. Un euro-dollar égal un vote. Choisir une marque de dentifrice qui préserve la couche d’ozone, acheter une voiture écologique, ou des bananes équitables, voilà déjà certainement un début de choix, aussi antidémocratique fût-il. Mais c’est ignorer que le choix du supermarché est un non-choix. Choisir un dentifrice est illusoire : ce sont tous les mêmes, produits pas les (la ?) mêmes entreprises. Et comment acheter un dentifrice sans enrichir de grands magasin ? On peut imaginer que nos critères de choix évoluent : plutôt que le moins cher, on choisira le dentifrice qui semble le plus écologique. Pour peu que tout le monde fasse de même, il s’en faudra de peu pour que les mêmes entreprises nous fournissent un large choix de dentifrices ayant tous l’air écologiques, si possible plus chers, et bien sûr toujours tous les mêmes. C’est bien le travail des fabriquants de dentifrice que de créer des produits qui répondent le plus aux besoins de leurs clients, et de créer les besoins qui les leur feront demander. Et une chose est sûre dans ce monde en perpétuel changement : c’est la redoutable efficacité des fabricants de dentifrice. C’est pourquoi le seul moyen de sortir de la prison qu’est le très large marché des dentifrices est de faire des choix non rationnels. Ne pas acheter de dentifrice. Étant donné l’état de mes dents, et mon ignorance de la science dentaire, je n’ai pas fait ce choix. Par contre, j’ai choisi un fabricant de dentifrice «altenatif». 6.3 Les autres alternatives J’ai commencé à effectuer des choix qui me permettent de reprendre le pouvoir dans ma vie. En voici un échantillon. – la banque La Nef, qui publie un descriptif des projets qu’elle finance, et les sélec- tionne sur des critères d’utilité sociale ou d’intérêt écologique ; – le réseau de journalistes indépendants Indymedia fournit des informations sans cen- sure corporatiste, d’une manière décentralisée ; – le marché biologique de la Croix-Rousse me permet d’acheter des aliments sains, de qualité, produits par des paysans locaux, et court-circuitant de ce fait la grande distribution ; – l’utilisation exclusive de logiciel libre me permet d’encourager un écosystème saine et fertile, garantissant l’interopérabilité et permettant de lutter contre les monopoles ; 14 – l’achat d’un vélo pour mes déplacements en ville, et le fait de prendre le train pour rentrer chez moi me permettent de minimiser ma consommation énergétique, et de réduire l’influence des lobbies pétroliers (responsables de diverses catastrophes éco- logiques et répressions politiques) et de EDF (responsable pour une large part de la pollution radioactive d’origine humaine dans le monde) ; – l’emploi de lampes à économie d’énergie, de multiprises avec interrupteurs, le fait de minimiser ma consommation électrique me permettent également de reprendre mon pouvoir par rapport à EDF ; – le refus de regarder la télévision, d’écouter les publicités à la radio, et le fait d’éviter les panneaux publicitaires m’aident à garder le contrôle sur mon propre esprit, et à rester relativement insensible au matraquage publicitaire ; – le fait d’écouter de la musique libre de droits, indépendante des lobbies d’édition qui constituent la RIAA, aide à faire exister une alternative à ces éditeurs, et à viabiliser un modèle de création artistique et de diffusion basés sur l’échange, et décentralisés. Ces quelques choix de vie, et d’autres encore, me permettent de me rapprocher d’un idéal de vie. Ainsi, le militantisme trouve un aboutissement concret, des résultats tangibles, et devient une source de satisfaction dans ma vie, tout en évitant les confrontations avec les non-militants, et la violence qui en découle. 15 Conclusion L’eau potable, source de vie, est en train de devenir une ressource rare, précieuse, acces- sible uniquement aux plus riches, en bouteilles de 25 cl. A cause de moi. Des habits que je porte, des avions que j’emprunte, des ordinateurs toujours plus luxueux dont je m’entours. Face à cette inéluctable constatation, que puis-je faire ? Quelles actions ai-je à ma porté pour expier cet insupportable péché originel ? Un engagement militant, bien sûr ; une prise de position radicale et réfléchie au plus profond de mes actes quotidiens. Je ne suis responsable de la faim dans le monde que dans la mesure de mes actes ; et si ceux-ci sont en accord avec mes convictions, alors j’aurai fait ma part pour améliorer la condition humaine. Je ne suis responsable que d’un septième de milliardième du sort de l’humanité. Ça semble peu ; mais ça représente déjà beaucoup de travail. Cependant, je relève le défi. 16