C'est ainsi que la droiture et la franchise en toute chose sont des crimes affreux dans le monde. Jean-Jacques Rousseau
Samedi 6 Octobre 2057 - 2h15
Métadate: 2.419-5
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764 kD nouvelle époque
Le Calice Souillé avait, de nuit, un aspect très différent de la façade décrépite que Cathy avait vue plus tôt dans la journée. Le club avait pris une apparence très chic et très moderne, faite de brique nue et de métal poli mis en valeur par des ombres mouvantes, des néons rougeoyants et des formes tracées au laser. Deux molosses, qui encadraient une porte métallique, vérifiaient l'identité des clients, et parfois refusaient quelqu'un. Lorsque Cathy sortit du taxi, elle sentit tous les regards se fixer sur elle. De fait, elle portait une tenue qui avait été conçue spécifiquement pour cela, ses longues jambes et ses seins soulignés par un body moulant en cuir noir. Avec ses talons aiguille et son collier à pointes, elle avait vraiment l'air d'une féroce dominatrice. Si la plupart des regards des hommes qui attendaient là semblaient pleins de convoitise, un ou deux paraissaient en revanche la jauger. Un penchant pour la soumission de la part de la foule des mâles, supposa-t-elle. Elle se rendit alors compte que plusieurs femmes la regardaient avec la même convoitise. Penchant de toute la foule, conjectura-t-elle alors, aussi bien mâle que femelle.
Forte de son rôle de dominatrice, elle dépassa de manière arrogante la file d'attente pour arriver devant le molosse, qui soutint son regard dur pendant quelques instants avant d'ouvrir la porte et de lui faire cordialement signe d'entrer.
Aucun mot de passe pour entrer? Soit la sécurité était vraiment faible, soit elle et Robert avaient mal interprété le rapport d'Échelon. Ce serait certainement encore une piste sans intérêt.
La musique qu'elle avait entendu brailler avant même que la porte ne fût ouverte la heurta presque physiquement lorsqu'elle passa le seuil. La piste de danse était bondée de corps enlacés de vinyle astiqué et de cuir ciré, gesticulant au rythme obscène de la musique. Cathy se fraya un chemin jusqu'au bar, où elle dut crier pour que le barman lui apporte un verre de vin rouge. C'était un homme grand et mince, portant un pantalon et une veste de cuir entre-ouverte dont la couleur contrastait avec sa peau pâle. Sa poitrine velue inspirait à Cathy autant de répugnance que le collier qu'il portait autour du cou ou que la chaîne qui le maintenait attaché au bar.
Sirotant son vin, elle passa la pièce en revue. Cathy remarqua une porte drapée au fond du club, et s'en alla jeter un coup d'?il. Elle conduisait à une volée d'escaliers qui finissait devant une autre porte en métal, avec un autre molosse qui montait la garde. Elle se demandait si c'était les bureaux privés du gérant, puis elle se souvint du mot de passe qu'elle n'avait pas encore eu l'occasion de donner. Un espace VIP privé, ou tout du moins très certainement un endroit à examiner de plus près.
Le molosse au crâne rasé et à la barbiche rouge se tenait devant la porte, les bras croisés. Il reluqua Cathy de la tête aux pieds, alors qu'elle montait les marches. Cathy croisa son regard, jusqu'à ce qu'ils ne soient plus séparés que par un silence tendu.
-- Mot de passe? demanda-t-il finalement.
-- Les chaînes de l'obscurité
Le molosse se mit de coté et lui ouvrit la porte.
-- Je passerais bien un petit moment avec toi dans la salle des jeux. lui siffla-t-il à l'oreille, alors qu'elle rentrait dans l'espace privé.
La salle était aménagée à l'image d'un donjon médiéval, avec un haut plafond voûté et des contreforts factices donnant l'apparence d'arches gothiques. Un bar était installé le long du mur, à la droite de Cathy. Tout autour de la pièce, il y avait des couples qui jouaient à des jeux sado-masochistes, avec des fers, des cordes, des poulies et de larges croix rembourrées de cuir qui ornaient les murs. Cathy remarqua Robert dans l'un des coins de la piste de danse grillagée. Il était vraiment ridicule avec sa veste cloutée de motard et sa coupe de cheveux punk. Ses bras enlaçaient une femme blonde assez corpulente. Il était arrivé une demi-heure plus tôt, comme prévu initialement, et semblait s'être parfaitement intégré à la faune locale.
Un couple était suspendu à des poulies au-dessus de la piste, leurs corps liés avec des cordes. Cathy n'était pas sûre à cause de l'éclairage, mais il lui semblait qu'ils copulaient avec férocité. Encore au-dessus d'eux était suspendue une femme qui portait un costume de diablesse rouge. Elle tenait une bougie dans une main gantée, faisant négligemment goutter la cire sur le couple qui (se battait? se meurtrissait? baisait?) et sur la foule en dessous.
Cathy n'avait aucune envie de recevoir de la cire bouillante sur elle, ni quoi que ce soit d'autre. Elle se tint à l'écart et analysa la pièce. Assis seul au bar, portant un pantalon moulant, torse-nu, elle aperçut un jeune homme qui auscultait la foule de la même façon qu'elle. Il jouait avec un pendentif assez massif, qu'il avait autour du cou. De temps en temps, il se retournait pour prendre une rasade de sa bière, qui se tenait sur le comptoir derrière lui, en lançant un sourire très bref, presque timide, à la jeune femme pathologiquement maigre qui se tenait derrière le bar.
La lumière réfléchie par le pendentif attira son attention. Il pendait presque à hauteur du nombril, placé à l'intérieur d'une chaîne criarde en argent, une grosse gemme dorée dont les couleurs ressemblaient étrangement aux cubes mystérieux qu'ils avaient retrouvés. Avant même qu'elle n'ait eu le temps d'analyser toutes les possibilités, elle se fraya un chemin à travers la foule en direction de son suspect. Quel meilleur signe pour un revendeur au noir, pour attirer ceux qui étaient familiers du produit, que de porter un échantillon autour du cou, identifiable par ceux qui savent et complètement anodin pour les autres. Le temps qu'elle l'atteigne, elle était presque certaine que la pierre était faite du même matériau que le cube de cristal qu'ils recherchaient.
Elle s'arrêta en face de lui et leur yeux se croisèrent; elle promena ensuite son regard de bas en haut sur son corps, prenant ce qu'elle imaginait être une attitude provocatrice pour un soumis. À en juger par la couleur de son visage, elle présuma qu'elle avait vu juste.
-- Comment bégaya-t-il, Comment puis-je... euh... vous servir, Maîtresse?
C'est l'endroit parfait pour un petit interrogatoire, pensa Cathy. Lui et cette bande d'idiots ne sauront même pas ce qui ce qui s'est passé. Cathy sourit et effleura la poitrine du jeune homme avec sa main ses doigts caressant ses tétons, puis en prenant un fermement dans sa main.
-- Viens avec moi, ordonna-t-elle, le tirant derrière elle par les mamelons. Il trébucha de son tabouret et la suivit maladroitement tandis qu'elle l'entraînait à travers la foule vers des menottes inoccupées sur le mur le plus proche. Sans un mot, elle l'attacha fermement, puis laissa tomber la clé à ses pieds. Ses yeux étincelaient, sa respiration était rapide, avec un sourire d'une oreille à l'autre.
-- Maintenant tu m'appartiens, haleta-t-elle, en caressant doucement de ses ongles la poitrine et les bras du jeune homme. Comment t'appelles-tu, esclave?
-- Terry, répondit-il. Cathy fronça un sourcil, et lui tordit le téton gauche suffisamment fort pour qu'il gémisse.
-- Terry dit-elle. Et c'est tout?
-- Terry Spence bégaya-t-il.
-- Parle-moi convenablement! réclama Cathy, en tordant ses tétons un peu plus fort cette fois.
-- Terry Spence, Maîtresse.
-- Terry Spence, répéta Cathy pensivement. Esclave Terry Spence continua-t-elle. Méchant esclave que tu es, Terry. Es-tu prêt pour le dessert?
Terry fit signe de soumission, en déglutissant.
Le sourire de Cathy devint véritablement malsain lorsqu'elle se pencha encore plus sur lui, et lui pinça très fort le téton droit.
-- Très bien, esclave Terry, répliqua-t-elle, en explorant son cou, ses épaules, sa poitrine à nouveau. Elle prit le pendentif dans sa main, comme si elle venait de le remarquer et le tripota entre ses doigts.
-- Dis-moi, esclave Terry, où as-tu trouvé ce magnifique bijou?
Un couple dans la cinquantaine dansait à coté et fixait du regard la scène, salivant presque lorsque Cathy prit les deux tétons entre ses doigts et les tordit furieusement. Ils se rapprochèrent, espérant entendre les cris du jeune homme au milieu de la musique assourdissante. Leurs yeux étincelèrent en voyant la douleur exquise sur son visage. Une lumière stroboscopique dévoilait la scène en une série de captures instantanées, décrivant ce qui ressemblait à un jeu vraiment malsain. Le visage du jeune homme, déformé par la douleur, se relaxa lorsque la femme habillée de cuir caressa son corps et lui chuchota à l'oreille. Subitement, la dominatrice se retourna et se dirigea vers la sortie, laissant sa victime suspendue à ses chaînes, épuisée.
À travers le flou laissé par la douleur, Terry parvint quand même à réfléchir. Elle avait posé des questions à propos des cubes de la communauté! Une sorte de remords et de dégoût s'empara de la femme qui avait assisté à l'interrogatoire, et la poussa à retirer ses menottes, pendant que son mari l'aidait à poser le jeune homme sur le sol. Derrière eux, la foule dansait sauvagement alors que Terry s'était recroquevillé contre le mur. Faisait-elle partie du FBI? Ou était-elle simplement une dominatrice curieuse? Heureusement qu'il éditait systématiquement ses souvenirs pour protéger la communauté. Il ne prenait jamais de connaissances qui pourrait compromettre la communauté, se félicita t-il. Aucune torture ne pourrait lui faire dire ce qu'il ne connaissait pas. Puis, il se souvint du sourire satisfait de la dominatrice, et s'étonna.
Thomas Tempé 2008-11-30